Merci aux scouts musulmans pour leur accueil à Cordoue, 2010
Cercle de fraternité sur la route de Cordoue, 2010
Marche en Bosnie, 2015
Sous le soleil de novembre en Andalousie, 2010
Le mémorial de Srébrénica, 2015
Participants aux Automnales 2015 à Lérins
Vue de la cathédrale de Compostelle
En Valais, le lieu des Rencontres Orient-Occident
Rencontre à Kfarmichke, Liban, 2013
Rencontre à Château-Mercier (Valais), 2015
Un marcheur bien encadré à son arrivée à Cordoue
Cercle de dialogue à Venise
Vers Moulay Abdessalam, sanctuaire soufi, Maroc, 2012

Novembre 2016, Jérusalem

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Le dernier Cercle à Jérusalem
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Echos de nos activités

Communication de Matthieu de Lamarzelle,

Rencontre association Cieux, Toulouse le 4 décembre 2014

A la différence d’un monothéisme transcendantal des religions abrahamiques, le bouddhisme se fonde sur le principe de l’immanence, ce qui complique pour beaucoup la compréhension de son positionnement comme étant une tradition religieuse à part entière. L’expérience d’une marche de 13000 km autour de la méditerranée, traversant 21 pays, dont 10 à majorité musulmans, 10 d’origine chrétienne et Israël peut correspondre à un vaste cercle de paix s’inscrivant dans la tradition du Bouddhisme zen comme un Enzo.

Enzo

Calligraphié par de très nombreux maîtres Zen, l’Enso représente un cercle parfait en un seul trait continu de pinceau. C’est un symbole spirituel qui combine le visible et l'invisible. Il est le vide, la simplicité, la plénitude et la perfection. Il n'est pas fermé montrant l'imperfection de toute chose...il est parfait dans son imperfection même.

L’Enzo révèle un esprit sans début ni fin.On peut le parcourir à l’infini, et dans les deux sens. Il symbolise la fois le macrocosme et le microcosme, la non dualité et l’interdépendance avec toutes les formes d’existence.

Dans ce cercle les couples amour-haine, attachement - détachement,  connaissance - ignorance, vertu-vice,  parole-silence ./.. volent en éclats et mettent en évidence la perfection du Vide.

Il est dit dans un poème du 6ème siècle  « Ne courez pas après les phénomènesNe demeurez pas dans la vacuité » (Shin Jin Mei).

C’est à partir de cette absence de discrimination qu’il sera possible de réaliser l’unité et la voie.

L' extraordinaire de l'ordinaire

B. Pascal nous dit "La vertu d'un homme ne se peut mesurer à ses efforts mais à son ordinaire."

Embourbés dans le quotidien nous n'avons guère la possibilité de nous rendre compte que l’ordinaire est finalement cet extraordinaire que nous ne voyons pas ou que nous ne pouvons pas voir ou, plus grave, que nous ne voulons pas voir.

Eternels insatisfaits, nous cherchons à fuir ce quotidien banal, répétitif qui ne nous convient pas pour aller chercher l’extraordinaire, et nous échapper pour revenir au point de départ et retomber dans le circuit des frustrations et des manques. Aussi le désir est grand de vouloir s’échapper à nouveau comme si nous voulions vivre l’ordinaire du mieux possible, dans l’enfermement d’un quotidien construit peut-être inconsciemment. C’est ce qu’on appelle le sentiment d’incomplétude. Aussi toute forme de dualisme créant des opposition de juste et de faux, de gain de perte… débouche sur la maladie de l’esprit. Cette infirmité peut être perçue à condition de nous arrêter.

Le bonheur, l’esprit tranquille ne consiste t-il pas à désirer ce que l’on possède? C’est en cela que l’ordinaire peut être finalement extraordinaire

Réaliser sa vraie nature

Parmi nous beaucoup croient se connaître et cependant ignorent leur véritable nature. Ce qu’ils connaissent à peu près d’eux-mêmes, c’est leur corps, leur tempérament, certains aspects de leur caractère et de leur psychologie mais, pour autant, ils ne réalisent pas leur véritable nature.

Réaliser sa véritable nature suppose laisser tomber tout ce qu’habituellement on considère comme le moi. Et c’est pourquoi ce « connais-toi toi-même » est d’une certaine façon l’un des grands koan ou énigme de la voie. Maître Dôgen l’a très bien exprimé dans cette célèbre phrase du Genjo Koan :
Étudier la Voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même. S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même.

Ces conditions sont : « pratiquer la voie avec constance, sincérité et foi ».

Si on veut réaliser l’esprit vaste, en devenir conscient, il faut abandonner la conscience personnelle, laisser tomber les pensées, points de vue, préférences, laisser tomber tout ce que le mental fabrique.

L’esprit vaste ne peut être enfermé dans les catégories de la raison. Aussi, la pratique de la méditation et/ou de la marche nous invite à ne rien chercher par la conscience personnelle, à ne rien fuir non plus.

L’énergie cosmique

L’énergie cosmique est infinie et se manifeste comme des soleils parmi l’infinitude de planètes de l’univers. C’est cette énergie qui fait battre notre coeur, qui nous fait digérer et respirer. L’illusion de l’ego nous fait dire : je vis, je respire, je digère./… La réalité c’est qu’on est vécu par l’énergie cosmique et qu’on ne pourrait pas sans elle, ne serait-ce que lever le petit doigt de la main.

La méditation comme la marche favorise la libre et pleine circulation dans le corps et l’esprit à partir de l’énergie cosmique.

Le corps et l’esprit en unité

Si l’esprit est tendu, si le corps est crispé, si l’on se replie sur soi, l’énergie cosmique circule moins bien dans notre corps. Si on est détendu, relâché, ouvert d’esprit, de cœur et de corps, l’énergie circule mieux et plus abondamment.

Marcher, ce retour au silence.

Marcher, c’est aussi le retour au silence. Il y a deux sortes de silence. Le silence extérieur et le silence intérieur. On ne produit pas le silence extérieur. Il est déjà là ou il n’est pas là et se manifeste quand les bruits cessent.

Pratiquer la marche ou méditer, c’est comme mettre un verre d’eau boueuse sur une table et le maintenir immobile. Petit à petit, la boue décante au fond du verre et l’eau devient limpide et claire. Et dans cette eau limpide et claire se reflète l’esprit vaste, l’esprit d’éveil.

De même, le silence intérieur est toujours là. Il se manifeste quand cesse l’attachement aux pensées et à tout ce qui apparaît à la conscience. Ce vrai silence est un océan de paix et de sérénité.

Ne rester sur rien, ne rien entretenir….

Les instants de marche sont des instants particuliers. Le plus souvent, dans la vie quotidienne, les instants sont vécus comme des moyens pour atteindre ceci ou cela ou pour obtenir ceci ou cela.

Les instants de marche ne sont au service de rien, cette gratuité nous fait goûter la saveur pleine et entière de l’instant présent.

L’instant présent se suffit à lui-même. Il est en lui-même plénitude. C’est à l’expérience de cette plénitude de l’instant que nous ouvre l’expérience de la marche

L’instant vécu pour lui-même nous révèle la richesse de la présence. Cette richesse de la présence chacun la porte en soi, on la réalise par une totale disponibilité à ce qui est là.

« si l’esprit ne reste sur rien, le véritable esprit se manifeste »  Maitre Eno

La foi

Maître Dôgen nous dit que, pour progresser sur la Voie, une foi correcte est nécessaire

Dans les religions du livre, la foi est souvent présentée comme un pré requis. Sur la Voie du Bouddha, la foi n’est pas considérée comme un préalable nécessaire pour aborder la pratique.

C’est au fil des semaines et des mois de pratique que l’expérience intérieure nous ouvre à la foi en la voie qu’on suit. C’est une foi fondée sur l’expérience directe.

Dès lors, un cercle vertueux entre la pratique et la foi se met en place : la pratique nourrit alors la foi et la foi nourrit la pratique.

Le principe de paix

Observons maintenant le principe de paix. Celle ci ne peut se déclamer comme une litanie sans fondement, sans expérience tangible. La paix ne peut être appréhendée sans revisiter également ce qui participe à un sentiment d’incomplétude, et d’anxiété pouvant conduire à de profondes insatisfactions voire à des sérieux dysfonctionnements.

La marche au long cours est vécue comme une expérience unique. Apprendre à se dépouiller, à vivre avec l’essentiel de manière minimaliste à la fois nous déconstruit et nous ouvre un champ d’expérience insoupçonné qui est en fait une liberté retrouvée.

La déconstruction s’opère par tout ce qui contribue à renforcer notre production conditionnée dans un quotidien dominé par le matérialisme, ou la pression du consumérisme, et la manipulation de la plupart des médias (dénommé par certains comme usine à mensonges./…) obère notre libre arbitre et nous fait endosser un costume d’homo economicus à la fois étouffant et destructeur.

Dans ce cadre prendre la décision de partir n’est pas vécu comme une fuite des responsabilités mais plutôt participe à un décentrage, comme une sorte de grand reformatage. Il réveille certes des comportements nomades enfouis, mais aussi participe surtout à notre éveil une des clés de la compréhension de notre existence.

Dans le même esprit la marche par l’expérience des douleurs, nous réapprenons à réactiver et mieux faire revivre ensemble deux entités non séparées que sont l’esprit et le corps.

Qu’apprenons nous ?

Durant de longues semaines, sur des distances qui progressivement deviennent de plus en plus vastes, dans des environnements à la fois diversifiés et complexe à la fois, comme nous sommes à la fois éloignés de notre routine ce qui amplifie notre quotidien. Nous sommes confrontés à un esprit plus vaste, plus ouvert.

Aussi longtemps qu’il n’y a pas d’expérience directe, il y a des doutes. La foi n’est pas totale. La seule chose qui donne une foi totale, intégrale, c’est l’expérience directe et plus on approfondit cette expérience directe par la pratique plus la foi devient totale.

Lors de l’expérience de la marche, la présence, c’est accueillir tous les phénomènes mentaux, quels qu’ils soient, sans s’attacher à aucun.

Voir en nous

L’expérience de la marche nous apprend à voir et tout spécialement à voir en nous. C’est moins simple qu’il n’y parait ;

De ce fait on a toujours une vision partielle de nous-mêmes, imparfaite mais qui ne juge pas, n’évalue pas les choses en termes de bien ou mal, normal ou pas normal, juste ou injuste./...

Tous ces jugements de valeur finissent par disparaître et de ce fait plus rien ne dérange : ce qui est, est vu tel que c’est sans déni et sans culpabilité. Être vrai avec soi-même est très libérateur.

Cela suppose de s’accepter tel que l’on est. Sans cette acceptation-là, on ne peut jamais être vrai vis-à-vis de soi même car on essaie toujours de masquer la réalité ou de la déformer, consciemment ou inconsciemment. Avec le regard tourné vers l’intérieur lors de la marche,  plus rien de tout ça : ce qui est, est vu tel que c’est.

Enseignement et expérience

Pratiquer la méditation et/ou la marche au long cours, c’est aussi s’ouvrir à l’autre dimension de l’existence plus vaste et plus profonde, que l’on désigne dans le Bouddhisme par le « dharma » qui correspond à l’ensemble des normes et lois, sociale, politique, familiale, personnelle, naturelle ou cosmique.

Très souvent un enseignement mène à l'autre. Par exemple, la méditation des enseignements sur l'impermanence des phénomènes et leur interdépendance, bientôt suivie de l'expérience intime de cette réalité, préparent aux enseignements sur la vacuité (non-substantialité) essentielle, et suscitent son appréhension intuitive immédiate

L’interdépendance

Les rencontres c’est vivre l'interdépendance entre celui qui donne et celui qui reçoit.

On comprend profondément, au-delà des mots, que la vie nous est donnée à chaque instant par le soleil, la terre, les rivières, les forêts, les champs, les animaux, les hommes…

Comme la méditation la marche nous permettant de mieux nous libérer de nos passions et de nos émotions conflictuelles, éveille fraternité et partage. En se dépassant, naturellement on s’ouvre aux autres, et ainsi les rencontrer dans leur réalité, avec douceur et bienveillance, sans l’agressivité des pulsions de l’ego est la fondation de l’esprit de paix profond.

Cette ouverture permet surtout de mesurer l’interdépendance humaine, sociale, économique et écologique et développe une conscience universelle dépassant les frontières, et suggèrent l’urgence de la nécessité d’une solidarité mutuelle.

En guise de conclusion, je vous propose la pensée d’Antoine de Saint Exupéry qui se réfère au besoin de plénitude, de vérité et de recherche de grandeur.

 

« Si cette religion, si cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d'activité et non telles autres, favorisent chez l'homme cette plénitude, délivrent en lui un grand seigneur qui s'ignorait, c'est que cette échelle des valeurs, cette culture, cette forme d'activité, sont la vérité de l'homme. La logique ? Qu'elle se débrouille pour rendre compte de la vie… »

Terre des Hommes

 

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