Le mémorial de Srébrénica, 2015
Vue de la cathédrale de Compostelle
Sous le soleil de novembre en Andalousie, 2010
En Valais, le lieu des Rencontres Orient-Occident
Cercle de fraternité sur la route de Cordoue, 2010
Vers Moulay Abdessalam, sanctuaire soufi, Maroc, 2012
Un marcheur bien encadré à son arrivée à Cordoue
Merci aux scouts musulmans pour leur accueil à Cordoue, 2010
Rencontre à Kfarmichke, Liban, 2013
Marche en Bosnie, 2015
Rencontre à Château-Mercier (Valais), 2015
Participants aux Automnales 2015 à Lérins
Cercle de dialogue à Venise

Nos marches

Marche en Occitanie juillet 2019-Les feuillets -Compte rendu et impressions

Publié dans Marches

                 Association Compostelle-Cordoue

Marche inter-convictionnelle
et inter-générationnelle
Occitanie terre d’accueil  22-25 juillet 2019
Compte rendu et impressions

Le Programme

Préambule
Cette marche a  réuni 25 personnes de l’association (+ chauffeur du bus) , 12 scouts et guides de France (dont 3 chefs) et 8 scouts musulmans de France (dont 2 chefs)  de 14-17 ans.
Différences d’âges et de cultures : une richesse à partager en marchant.
Un bus de 60 places a assuré la logistique et a fait les transferts nécessaires ; à noter que la température caniculaire (+ de 38° tous les après-midi) nous a conduit à raccourcir les marches ; la souplesse d’utilisation du bus et la compétence et serviabilité du chauffeur, Dominique Gilbon, ont été précieuses. D’autres personnes se sont jointes à nous à la journée ( le 23, le 24 et le 25),  sans logistique particulière, cf. ci-après. Trois journalistes ont partagé notre marche, une de l’hebdomadaire « La Vie » les 23,24, 25/7, l’autre de Radio Présence le 25/7, la troisième de TV Via-Occitanie le 25/7.

Lundi 22 juillet

8H Départ du bus de Toulouse  jusqu’à Montauban où on y retrouve les scouts et guides de France
9H Accueil à la mosquée par le responsable de la mosquée, accueil à la synagogue par le rabbin Elkiess et le chargé du culte A. Sultan puis marche (3kms) dans la vieille ville de Montauban : église St Jacques, place nationale…
11H30 Transfert en bus sur Villebrumier (10kms)
12H Pique-nique à l’abri du soleil et les pieds dans l’eau sous le magnifique lavoir XIXème
14H15 Marche sur la rive et les coteaux rive droite du Tarn (7 kms) ; en cours de route jeu « brise-glaces » pour faire connaissance, organisé par James, chef SGdF ; arrivée au bourg médiéval de Villemur, visite guidée des greniers du Roy  et de la tour de défense (16H30-17H15)
17H15 Transfert en bus sur les lieux de couchage  (hôtels le Flambadou et L’alcove), installation, repos.
19H30 Transfert en bus au centre Bernadou. accueil par les SMF de Villemur : dîner et soirée préparés par les scouts : magnifique repas puis jeux par les SGdF, enfin touchante cérémonie
 de « promesse » par les SGdF

Mardi 23 juillet
8H00 Petits déjeuners  au Flambadou et cercle de départ avec nos hôtes
9H Transfert en bus à Bessières
9H30 Marche de 7,5 kms jusqu’à Mezens :voie verte et bords du Tarn, bourgs de Bessières, Buzet, accueil à l’église fortifiée de Buzet par la sacristine Lucette-, poursuite jusqu’à Mezens
12H15 Transfert en bus de Mezens à Lavaur

12H30 Pique nique sous le somptueux cèdre des jardins de la cathédrale de Lavaur. Accueil par Mr le curé de Lavaur. On retrouve également le directeur du centre bouddhiste Vajra Yogini et plusieurs moines et adeptes, ainsi que des membres de la chorale « Réjouis-toi » et la journaliste de « La vie ». Visite de la cathédrale Saint Alain, guidée par le vice président de l’association diocésaine, et adjoint au maire de Lavaur.
Petit concert de « Réjouis-toi », complété par des chants des participants
14H30 Marche –raccourcie pour cause de canicule- depuis la cathédrale jusqu’à la sortie de Lavaur (2kms) où l’on retrouve le bus qui nous amène au centre Vajra Yogini. Cependant, un groupe de courageux effectue à pied le trajet jusqu’au centre (6kms)
16H Installation au centre (camping scouts et 18 membres de CC ) et au couvent de Marsac à 1km du centre bouddhiste ( 10 membres de CC), repos
19H Dîner partagé avec le personnel et les stagiaires du centre bouddhiste
20H30 Présentation du bouddhisme tibétain et histoire du centre par François Lecointre , directeur du centre, et Lama Charles  et échanges ; les membres soufis du groupe nous font partager un dikhr

Mercredi 24 juillet
7H30 Méditation dirigée par Lama Charles (à la demande des scouts)
8H00 Petit déjeuner au centre Vajra Yogini
8H45 Cercle de départ
9H00 Transfert en bus à Massac
9H30 Marche de 7kms sur l’ancienne voie romaine, de Massac à Château Magrin
12H Pique nique et repos en musique dans le parc du château
14H Visite guidée de château Magrin, château cathare et musée du pastel
15H15 Transfert en bus de la majeure partie du groupe jusqu’à Puylaurens. Quelques téméraires effectueront à pied une partie du trajet jusqu’au centre de loisirs l’aubépine à Lapeyre (7kms)
16H Installation dans les chambres d’hôtes et au camping municipal pour les scouts-repos
18H30 Au temple protestant , échange avec Nicolas Boutié sur le protestantisme, ses origines, la situation actuelle (ancienne académie protestante à Puylaurens) ; discussion.
19H30  Dîner sous la halle municipale  préparé par le traiteur local

Jeudi 25 juillet (St Jacques)
Des moines d’En Calcat et des habitants  locaux et toulousains, ainsi que des moines et membres du centre bouddhiste, enfin la journaliste de Radio Présence et celle de TV Via-occitanie, nous ont accompagnés pour cette journée

9H00 Transfert en bus de Puylaurens à Lescout.
9H30 Cercle de départ autour du magnifique pigeonnier-grenier du XVèmesiècle. Belle animation assurée par Nanou, comme pour les autres cercles de départ
10H Marche de 8 kms entre Lescout et le monastère d’En Calcat, on termine sur le GR653 (Voie d’Arles, chemin de Compostelle)
12H45 Pique- nique au monastère
14H15 Office de None spécifique Saint Jacques, partagé avec la communauté monastique d’En Calcat et les pèlerins présents
14H30 Interventions modérées par Alain Simonin :  Gabrielle Nanchen, fondatrice de Compostelle-Cordoue, à l’occasion des 10 ans de l’association ; Maurice Nanchen pour les agnostiques, Frère Daniel et une guide de France pour les catholiques, Sophia Bentounès et un scout musulman pour les musulmans, François Lecointre pour les bouddhistes ; Michel Rouffet lit un texte de Roger Attali pour les juifs ; le père abbé d’En Calcat conclut














Alain remercie nos hôtes

15H30  Cercle final d’échange entre les marcheurs animé par Alain Simonin
17H Retour en bus sur Toulouse avec récupération des voitures des marcheurs du dernier jour à Puylaurens ou Lescout.
Prolongation de la marche sur 2 jours à En Calcat avec un frère d’En Calcat pour un sous-groupe de 5 personnes.
Accueil bénévole le 25 au soir au hameau de Mangepommes à Ramonville et à Toulouse pour les marcheurs non toulousains et les scouts parisiens, qui reprennent le train le 26 après-midi.
Rédigé par Michel Rouffet.


















L’équipe d’organisation et de logistique : Michel, Lucie, Dominique, Jacqueline, Stéphane, Roger sans oublier Alain et nos photographes Mireille et Rania

Rédigé et mis en image par Roger avec la complicité d’Alain


Anniversaire des 10 ans de Compostelle-Cordoue et Cercle final

Alain Simonin anime cette dernière après-midi

Nous sommes en cette fin de marche en pays occitan au monastère d’En Calcat. Tous les amis bouddhistes et moines bénédictins qui nous ont accompagnés pour cette dernière étape sont présents et vont participer à la petite cérémonie d’anniversaire de nos 10 ans d’existence et entendre quelques témoignages de marcheurs.
A notre fondatrice Gabrielle Nanchen l’honneur d’un exposé sur les origines et l’histoire de notre association. Gabrielle choisit de nous faire revivre certains faits marquants par un album photos imaginaire. Ce fut un moment très vivant et émouvant dont vous trouverez la trace ci-dessous. Notre cher Maurice, son mari, compléta ce tableau vivant par un exposé dont il a le secret, sur le thème de la fraternité. Suivirent les témoignages de notre hôte Frère Daniel. Puis par couple d’un jeune scout et d’un membre de Compostelle-Cordoue, des marcheurs et marcheuses ont dit avec beaucoup d’émotion leur expérience vécue lors de cette marche. François Lecointre, directeur du centre bouddhiste de Vajra Yogini évoqua les valeurs qui nous ont tous réuni aujourd’hui dans ce moment de synthèse. Michel Rouffet lu un texte de Roger Attali pour la communauté juive et le Père abbé d’En Calcat conclu malicieusement et chaleureusement cette cérémonie. Chaque participant à la marche reçu en guise de cadeau pour cette anniversaire, un exemplaire de notre livre « Compostelle-Cordoue. Marche et Rencontre » édité en 2012.
Toutes nos marches se terminent par un grand cercle final qui permet aux participants de partager leurs expériences vécues. Chaque participant qui le souhaite est invité à rejoindre au centre de l’espace, le petit cercle des conversants, pour ajouter le leur par résonance aux propos entendus. Le cercle des conversants grandit ainsi au cours de l’heure que dure cette « conversation collective». A terme, nous avons la trame d’un récit collectif d’une étonnante richesse, qu’un témoin placé en dehors du cercle recueille et nous restitue en principe à chaud. Ce ne fut pas le cas cette fois-ci, mais quelques thèmes ont été glanés par notre ami Roger et cités ci-dessous. Ces cercles de conversation, constituent souvent un moment d’échange très intense et émouvant auquel nos jeunes scouts ont participé pour l’occasion, avec un naturel étonnant. Le dernier témoignage de l’un des leurs nous a particulièrement touchés, qui évoquait sa surprise d’avoir pu échanger si facilement avec des anciens et d’en avoir été tellement enrichi. L’émotion fut alors palpable et son témoignage fut la conclusion rêvée de tout ce que nous avons, les un-es et les autres, mis de fraternité et de joie dans cette extraordinaire marche en pays occitan.

L’album des débuts de Compostelle-Cordoue
par Gabrielle Nanchen

Comme Compostelle-Cordoue s’est faite belle pour fêter son dixième anniversaire ! Solide sur ses jambes, bronzée et resplendissante de sourires, ceux plissant les yeux attendris des habitués plus très jeunes de Compostelle-Cordoue et ceux éclatants de jeunesse des scouts chrétiens et musulmans qui ont marché avec eux, elle regarde avec confiance la route qui s’ouvre à elle.
Dans la belle abbaye d’En Calcat, où nous nous sentons si proches les uns des autres en cet   après-midi torride de la fin juillet, mon cœur est plein d’alléluias. Ce qui me réjouit autant, c’est que mon rêve est en train de se transformer en réalité. Pour vous faire comprendre cette alchimie, je voudrais vous présenter un album de photos. Des photos que je ne vais pas vous montrer mais vous raconter.

1. Le premier cliché n’est pas très net. Il date du début de la photo couleur. On y voit sur fond de ciel bleu, de glaciers étincelants et de prés très verts, une foule de très jeunes filles et de jeunes femmes. Toutes portent des chemisiers bleus, verts, rouges ou beiges et des foulards soigneusement enroulés autour du cou. Toutes font le même geste : les trois doigts de leur main droite sont levés, leur pouce appuie sur le petit doigt. Seuls les visages sont différents : peau claire ou peau sombre, cheveux raides ou cheveux crépus, yeux en amande ou yeux ronds. En zoomant sur le premier rang, on distingue une adolescente aux cheveux noirs et aux tâches de rousseur, petite et fluette, qui rayonne de toute sa figure. Au milieu des quelques centaines d’éclaireuses réunies grâce à ce camp international qui se déroule dans son pays, elle est en train de découvrir le bonheur de vivre ensemble et de s’enrichir des différences. Ses camarades l’appellent Moineau mais ses parents l’ont prénommée Gabrielle.  
2. La deuxième photo a été prise bien des années plus tard par cette même personne, qui a pris passablement de cheveux gris. On y voit un groupe de jeunes cyclistes arrivant, crottés et lourdement chargés, sur la place de l’Obradoiro devant la cathédrale de Saint-Jacques-de Compostelle. Certains laissent tomber leur vélo sur les pavés mouillés. D’autres se sont mis à genoux. D’autres chantent et dansent. Il y a dans leurs yeux de la fierté, de la fatigue et une lumière qui étincelle. Je me souviens encore de la petite voix que j’ai entendue au moment où je les prenais en photo : toi aussi un jour tu connaîtras la même joie. En arrivant à pied à Compostelle.

3. De toutes les images que je pourrais vous montrer pour illustrer ma pérégrination du Puy-en-Velay à Compostelle, je n’en retiendrai qu’une. C’est une page de cahier d’écolier épinglée à la porte d’une chapelle perdue dans un champ de maïs, quelque part dans le Gers. On y lit une simple phrase écrite d’une main anonyme. Elle résume à merveille le lent processus de réconciliation que ce cheminement solitaire a opéré en moi :
    Pèlerin, il va sans armes et sans armure
    A la rencontre de lui-même
    A la rencontre de l’autre
    A la rencontre du Tout Autre.

4. Et voici maintenant un personnage que je ne m’attendais pas à trouver en arrivant à Compostelle. C’est dans une chapelle latérale que je l’ai vu lorsque, la foule des pèlerins s’étant dissipée, je visitais méthodiquement la basilique. Elle représente un fier cavalier brandissant une épée avec laquelle il pourfend de pauvres bougres au tient basané. La tête de l’un d’entre eux a déjà roulé sous les pieds du cheval. Sous la statue on peut lire : Santiago Matamoros. De matar, tuer et moros, les Maures. Mon sang n’a fait qu’un tour. Saint Jacques, le disciple de Jésus, dans le rôle d’un massacreur de musulmans !

5. La cinquième photo a été prise chez nous par mon mari : on m’y voit moi avec deux personnes dont les recherches historiques m’ont grandement aidée à écrire un livre, lequel s’est trouvé être à l’origine de notre association. Ce livre, Compostelle, de la Reconquista à la réconciliation, c’est l’indignation qui m’a poussée à l’écrire. Après avoir vu la statue du Matamore, je ne pouvais pas laisser plus longtemps les pèlerins de Compostelle ignorer que l’apôtre Jacques dont ils sont censé honorer la mémoire a en fait été instrumentalisé durant plusieurs siècles en Espagne. Que ce n’est pas seulement dans un esprit de paix et d’amour que les chemins menant à Compostelle ont été parcourus depuis le moyen âge. Mais que c’est aussi pour reconquérir – ou pour conquérir – la Péninsule ibérique alors sous domination arabo-musulmane que les souverains chrétiens du nord de l’Espagne et leurs alliés, venus de France et d’autres pays de ce qui est aujourd’hui l’Europe, les ont empruntés.
Les deux personnes qui m’ont aidée dans cette entreprise s’appellent Louis Mollaret1, président de la Fondation David Parou-Saint-Jacques, et Denise Péricard-Méa, historienne. Après la parution de mon livre, Louis m’a encouragée à m’engager activement pour concrétiser le souhait formulé dans mon livre : que le pèlerinage de Compostelle devienne un vecteur de réconciliation entre chrétiens et musulmans. D’accord, lui ai-je dit, mais pas sans vous.  
 
6. En quelques mois, le groupe de personnes intéressées par mon idée s’élargit. Une rencontre est organisée en décembre 2008 à Genève. Sur cette photo on reconnaît de gauche à droite : Louis Mollaret, André Weill (un ami grenoblois de Louis qui a marché d’Auschwitz à Jérusalem), Abbas Aroua (directeur de la Fondation Cordoue Genève –  que j’ai connu grâce à un fonctionnaire fédéral, neveu par alliance de ma sœur, dont je reparlerai plus loin –, Abbas qui a mis à notre disposition les locaux de son organisation), GN (votre servante, désignée dorénavant par ses initiales), Bertrand Loze (un scout catholique toulousain habitant Genève et intéressé par le rôle des religions dans la promotion de la paix) et Bernard de Senarclens, (président de l’Association suisse des amis du chemin de Saint-Jacques).  En plus de ces 6 pionniers il y a ce jour-là deux ou trois autres personnes qui ont quitté le bateau en cours de route.

7. Ce cliché a été pris pour immortaliser la journée du 18 avril 2009. C’est la date de la création à Genève de l’Association Compostelle-Cordoue (CC), laquelle a pour objectif « d’œuvrer à la promotion d’actions de nature à favoriser le dialogue interculturel, notamment islamo-chrétien ». Cette assemblée constitutive a lieu au lendemain d’une journée de réflexion sur le thème : « Le pèlerinage, un chemin vers la réconciliation ». Elle a pu avoir lieu grâce notamment à deux personnes qui ne figurent pas sur la photo mais que je veux évoquer ici : Jacques Moreillon, un ami à moi, ancien Secrétaire général de l’Organisation mondiale du mouvement scout et par ailleurs membre du Conseil de la Fondation Ousseimi, laquelle a rendu financièrement possible notre journée de réflexion sur les pèlerinages; et Jean-Nicolas Bitter, dont je viens de vous parler et qui occupe un poste de cadre au Département fédéral des affaires étrangères. C’est grâce à lui que CC a pu bénéficier ultérieurement du soutien du gouvernement suisse. La photo en question montre le premier comité de la nouvelle association : les deux co-présidents Abbas Aroua (qui est à l’origine du nom de CC) et GN, le secrétaire Gabriel Baechler (travailleur social valaisan, pèlerin de la Mecque et membre de l’Association internationale soufie Alawiyya -  AISA), le trésorier Bertrand Loze, André Weill, ainsi que Tanya Ortega et Mahdi Jahandar. Ces deux personnes, des amis de Bertrand Loze, l’une agnostique, l’autre shiite, quitteront le comité au bout de peu de temps.

8. La photo que vous voyez maintenant a été prise en novembre 2010. En arrière-plan, le fleuve Guadalquivir et la Mezquita, la mosquée-cathédrale de Cordoue. Au premier plan un important groupe de marcheurs avec leur bâton et leur sac à dos. Ils rejoignent à pied la cité andalouse qui va être le cadre du grand projet auquel le comité de CC travaille depuis une année et demie : un colloque qui réunira des experts Juifs, chrétiens et musulmans, venus de différents horizons géographiques. Durant trois jours, ils évoqueront à travers le personnage du Matamore et le mythe d’Al Andalus les relations complexes existant entre ces traditions. Le colloque a été mis sur pied en partenariat avec la Fondation Paradigma Cordoba, dont Jacques Moreillon – toujours lui – est membre du conseil de patronage. C’est une généreuse contribution de la Confédération et différents parrainages qui ont permis la mise sur pied du projet, cautionné moralement par un comité de soutien dont font partie des personnalités telles que Michel Roccard, Stéphane Hessel et Frédéric Lenoir. A la tête du groupe de marcheurs qu’on voit sur la photo, il y a André Weill et Jean-François Duchosal qui ont marché depuis Saint-Jacques-de-Compostelle. Parmi ceux qui les suivent et qui se sont contentés de partir de Mérida, à quelque 220 km de là, on reconnaît Louis Mollaret et aussi Alain Simonin, Michel et Christiane Rouffet, Dominique Chappot, Matthieu de Lamarzelle.

9. L’image suivante, je ne peux la regarder sans que mes yeux s’embuent. On y voit, à la tribune du Palais des Congrès de Cordoue, un homme d’une soixantaine d’années de grande taille et d’une stature imposante. Il s’adresse au public du colloque organisé par CC, en particulier aux scouts musulmans, chrétiens et juifs qui se sont joints à nous pour la dernière journée de marche. Il leur dit son souhait que saint Jacques ne soit dorénavant plus appelé Matamoros mais Amamoros. Et son rêve de voir des jeunes de toutes les traditions marcher ensemble vers le même horizon. Cet homme, un jésuite qui a fondé le monastère de Mar Moussa en Syrie, s’appelle – s’appelait ? Dieu seul le sait – Paolo D’all Oglio.

10. Sur cette photo il y a beaucoup de monde, cinq ou six groupes d’une douzaine de personnes assises autour de tables rondes. Elles sont en train de déjeuner dans le restaurant de l’hôtel Conquistador à Cordoue, à deux pas de la Mezquita. En zoomant sur un de ces groupes, on voit un monsieur d’un âge certain en costume cravate entouré de deux scouts qui semblent n’avoir qu’une vingtaine d’années. La jeune fille porte la chemise verte des scouts musulmans, le garçon la beige des scouts juifs. A la droite de la jeune scoute il y a le cheikh Khaled Bentounes, leader spirituel de AISA, à qui l’on doit une des interventions de la matinée. A la gauche de celui-ci, on reconnaît Michel Rouffet qui a accepté la tâche difficile de coordonner le déroulement de ce repas qui vient clôturer le colloque. Un repas à moitié improvisé, car les responsables de CC ne pensaient y inviter, pour des raisons financières, que ceux et celles qui s’étaient investis comme orateurs. Le hic, c’est que les jeunes présents dans la salle, de même que la plupart des marcheurs de Compostelle ou Mérida à Cordoue, n’entendaient pas les choses de cette oreille. Déjà qu’on ne leur avait quasiment pas laissé la possibilité de s’exprimer durant la partie officielle, on n’allait pas maintenant les exclure du seul moment convivial du colloque.
Ils ont donc fait du forcing à la porte du restaurant. Et la co-présidente ainsi que le trésorier de CC, se souvenant opportunément d’une histoire de multiplication des pains, n’ont pu que s’incliner. A la condition toutefois que l’on ne se contente pas de manger mais aussi que l’on réfléchisse à la suite éventuelle à donner à l’aventure vécue ensemble.
Le temps du repas a été fécond. Intellos experts et marcheurs pragmatiques, jeunes et vieux, juifs, musulmans, chrétiens ou agnostiques, ils ont découvert que tous partageaient un idéal commun, contribuer à la rencontre des hommes et des femmes de toutes les traditions culturelles. Et qu’il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin.

11. Juillet 2012, Moulay Abdessalam. Cette photo illustre la première concrétisation du  souhait formulé à Cordoue. C’est une longue file de marcheurs tout de blanc vêtus. Parmi eux, plusieurs membres de CC. Partis à pied de Ronda, à proximité de Cordoue, ces derniers ont franchi le détroit de Gibraltar – comme les migrants, dont ils se sentent solidaires, mais en sens inverse – pour rejoindre Tanger où ils ont rencontré notamment Sofia Bentounes. La fille du cheikh a remis à chacun un t-shirt blanc portant l’inscription en vert : Marcheur de la paix. Avec les très nombreux pèlerins musulmans venus du Maroc, de Turquie, de France, de Suisse et d’ailleurs, ils gravissent la colline aride au sommet de laquelle se trouve le sanctuaire soufi de Moulay Abdessalam. Tout au long du parcours ils sont encouragés par des scouts qui leur distribuent de l’eau. Ils se mêleront ensuite à la foule qui se recueillie au pied du mausolée pendant que les officiants psalmodient des dikr. Certains marcheurs de C-C laisseront leur regard errer du côté de l’ouest. Là où le soleil, que la légère brume de  cette fin de journée a rendu rouge, est en train de descendre doucement vers l’océan.

12. Les photos qui remplissent les pages suivantes de l’album, le temps me manque pour vous les montrer. Vous y verriez de splendides paysages : un bisse du Valais  entre St-Maurice et Sierre, les collines de l’Ombrie entre Rietti et Assise, les cèdres du Liban et la vallée de la Qadisha, les sentiers pleins de poésie mais bordés de champs de mines de la région de Srebrenica en Bosnie, le désert du Néguev et la Mer morte, la roche de Solutré et le site de Taizé, la Côte de Granit rose et la chapelle bretonne des Sept dormants.
Et à chaque fois, au premier plan, des marcheurs pas tout à fait pas comme les autres. Des marcheurs qui, s’inspirant des mots du poète Antonio Machado, tracent à chaque pas leur chemin les uns vers les autres – al andar se hace el camino,.
Plusieurs de ces marcheurs ont à l’esprit la devise rituelle des pèlerins de Compostelle :  Ultreïa ! Toujours plus loin ! Mais leurs amis leur ont appris à ajouter Inch’Allah !
Gabrielle Nanchen

Et le verbe s’est fait frère .
Chères sœurs et chers frères de notre belle marche d’une semaine dans la France profonde ! Nous n’avions pas invité la canicule mais elle s’est invitée et ensemble nous l‘avons apprivoisée. Elle nous a rappelé, bien à propos, que nous ne devons pas oublier notre Terre en péril. Christian de Chergé a écrit « Et le verbe s’est fait frère ». C’était le thème de notre rencontre. Nous en avons peu parlé mais nous l’avons vécu. Ô combien ! Cette fois-ci, en plus de la diversité habituelle de nos appartenances de pensée et de cœur, nous avons vécu la diversité des générations. Merci à ceux qui ont rendu cela possible ! La proximité quotidienne de ces jeunes, leur spontanéité, leur vivacité de pensée, leurs excès, leur gentillesse m’ont enchanté. Et encore, une considération plus personnelle. Le dernier jour, lors de notre rencontre finale à l’Abbaye d’En Calcat, j’ai eu l’heureuse occasion, d’évoquer mes références humanistes laïques. Bien sûr : liberté, égalité, fraternité ! Dans le bus de retour, mon ami parisien Ahmed m’a gentiment glissé à l’oreille : « J’y aurais ajouté l’humilité ! ». J’y réfléchis encore, car il y a du vrai dans sa remarque.  Mais pourquoi cet élan émerveillé à l’évocation des valeurs républicaines, chez moi, chez les humanistes laïques et chez beaucoup d’autres ?  Ma réponse provisoire est celle-ci : il est difficile, après des milliards d’années de silence cosmique, de résister à la grandeur de l’émergence sur notre modeste planète bleue de mots si chargés de sens, dont le plus beau d’entre eux : « Toi mon frère ! »
Maurice Nanchen

Vous avez eu une excellente idée, en me proposant d’écrire un texte que vous lirez à En Calcat le Jeudi 25 Juillet devant tous nos amis réunis, marcheurs ou pas, de tous les horizons religieux et spirituels, et je vous en remercie sincèrement. Je me fais donc un plaisir de vous transmettre ces quelques réflexions sur les modalités du vivre ensemble, provenant d’un membre de la Communauté Juive de Toulouse, engagé depuis longtemps dans le dialogue inter religieux et responsable en particulier de tout ce qui a trait à la Mémoire.
Bien qu’il figure au fronton de toutes nos institutions, la fraternité est un concept complexe et original, travesti jusqu’à la caricature, et pourtant si généreux et porteur de sens qui s’inscrit dans le cadre plus large et accueillant de la laïcité républicaine, ce qui n’exclut pas, loin s’en faut, une démarche spirituelle.
Quand il s’est rendu à Oslo pour recevoir le Prix Nobel de la Paix en 1952, le Docteur Albert SCHWEITZER a mis en demeure le Monde d’oser regarder la situation en face. « Plus sa puissance grandit, plus l’Homme s’appauvrit. Nos consciences doivent s’éveiller au fait que plus nous devenons des surhommes en maîtrisant toutes les techniques et en asservissant sauvagement la Nature, plus nous devenons ,en réalité,inhumains, en aspirant à devenir un loup pour l’Homme». C’est effectivement ce que l’on peut aussi appeler une fuite en avant, une course abîme. Une course à l’abîme dans la création matérielle, un stakhanovisme consumériste, une accumulation inégalitaire, un obscurantisme fanatique meurtrier, une exploitation égoïste de nos ressources naturelles. Ce déséquilibre funambulesque porte en germe toutes les détresses des hommes que la société aveugle et sourde marginalise, disqualifie, met à l’écart en les broyant définitivement et en les humiliant, parce qu’elle s’est volontairement désacralisée. C’est à une crise du sens que nous sommes confrontés. L’engrenage infernal du chômage, de la solitude, de la misère, de la maladie, de l’intolérance et de la violence sont des défis terribles que seuls la solidarité agissante, la spiritualité, la générosité, le sens de la Justice, la fraternité peuvent nous aider à gagner.
L’initiative originale de l’association Compostelle /Cordoue à qui il convient de rendre un hommage chaleureux pour son engagement en quelque sorte visionnaire  nous a permis de dépasser ces clivages fallacieux que sont les différences de religions, de spiritualités et d’ouvrir les portes d’un dialogue honnête et spontané fondé sur la loyauté, la confiance, une curiosité. Intellectuelle du meilleur aloi et une circoncision du cœur. Nous sommes très engagés dans diverses initiatives inter-convictionnelles :
- les Semaines de la Fraternité, sous l’égide de la Préfecture.
-participation à l’instance municipale Toulouse Fraternité
-intervention pédagogique au sein du Diplôme Universitaire « Droit et Religions ».
-participation à la Journée internationale pour le Vivre Ensemble dans la Paix (reconnue par l’ONU).
- participation aux activités de l’Amitié judéo-chrétienne et à Judaïsme et Protestantisme.
-intervention au sein des établissements scolaires pour expliquer le judaïsme avec visite de synagogue, un prêtre pour le christianisme et visite d’église et un imam pour l’Islam et visite de mosquée.
-Marche inter-convictionnelle sur un parcours symbolique.
Très sincèrement, il y a mille autres participations à des initiatives prônant le dialogue et l’action engagée pour un mieux vivre ensemble.
Car nous nous trouvons tous, toutes religions et spiritualités confondues, embarquées dans l’Arche de l’Harmonie qui doit affronter avec courage et détermination les nouveaux Déluges
(les préjugés, l’intolérance, les peurs irrationnelles et le rejet parfois violent de l’Autre). Nous savons le Mal que l’Homme est capable d’infliger à l’Homme. Nous marcherons avec vous en pensée car la pensée hébraïque est voyageuse. Comme le dit le poète Edmond JABES «N’oublie jamais que tu es un voyageur en transit». En chemin, nous sommes plus près du lieu recherché que lorsque nous nous persuadons d’être arrivés à destination et de n’avoir plus qu’à nous établir. Bien sûr, nous sommes lucides mais notre cœur est rempli d’une grande espérance que nous abordons cette grande aventure humaine qui est celle de construire une société de tolérance, de respect, de bien vivre ensemble. Grâce à nos engagements sincères, nous savons que nous pouvons constituer une Communauté humaine, généreuse et désintéressée mais l’expérience de ces rencontres fraternelles riches et denses, nous a permis de constater que notre rêve, peut être un peu naïf au départ, pouvait devenir une belle réalité tangible. Toutes les religions et spiritualités ne conçoivent l’Homme que débout et dans le Livre de la Genèse, tout comme dans les Psaumes, l’homme est souvent comparé à un arbre planté le long des fleuves vivants qui irriguent toutes les discussions de la Création. Dans la tradition juive, Dieu s’est arrêté dans le processus de création le septième jour, non pas pour se reposer, (ll n’en a nul besoin), mais pour permettre à l’homme d’être le véritable assistant de Dieu pour parfaire le Monde en développant les vertus de justice et d’amour et de justice pour le prochain. L’homme devient le partenaire éclairé de Dieu. Le vivre ensemble ne doit pas être un slogan confortable et vain, vide de sens, mais un impératif catégorique, une nécessité vitale impérieuse, celle que décrit le philosophe Emmanuel LEVINAS: « Le regard de l’Autre m’éveille à la conscience d’être humain responsable et me permet de me réapproprier ma propre identité en me rapprochant avec amour de celle de mon prochain dans la fraternité retrouvée »
Roger Attali

Relevé du Grand Cercle Final d‘échanges
Alain : Tarek m'apprend qu'il travaille à une thèse sur la conception de la justice dans le Coran à l'époque de Cordoue: quelle étonnante coïncidence au départ de cette marche anniversaire de notre association Compostelle-Cordoue ? Je l’invite à me rejoindre dans le cercle
Tarek : je fais une thèse sur Cordoue. A la synagogue, j’ai ressenti que nous ne sommes pas si différents. Rencontres rafraîchissantes
Agathe : les jeunes sont ils différents ? j’ai ressenti l’importance du partage et la joie de la différence
Michel : L'apparence de chacun est différente, mais, grâce à un certain regard, nous pouvons percevoir un fonds commun; ainsi avec le lama Guesché Loden, j'ai ressenti plus qu'une ressemblance, une fraternité.
Adam : partage et découverte avec nos différences
Waïl : échange et partage, On est moins                        Le cercle animé par Alain
ignorants quand on partage nos cultures    
Augustin : découvrir et découvertes : l’autre, l’ailleurs ; partage de tous les ressentis
Mireille : belle rencontre avec Tarek et Agathe
Rania : SGDF, SMF même famille, respect
Simone : réceptivité des jeunes, former une équipe, vigilance, profondeur, générosité, souvenir de la promesse qui m’a fait penser à celle de ma sœur
Patrick : SMF et SGDF ne font plus qu’un
Une scoute : Rania m’a donné des conseils
Rania : joie et service des ados, transmission d’expérience
Sylvie : respect du frère Charles pour celui qui lui posait une question
Stéphane : j’ai manqué parfois d’énergie mais vous m’en avez donné, découverte de la marche et du parlé à deux
Astrid : joie et service et simplicité des relations quelque soit l’age et la tradition, apporte la paix
Morice : rapport de Charles avec son questionneur
James : la promesse d’entrée en karavan, ouvrir le cercle pour la promesse, souvenir : donner-recevoir
Jean Luc : je ne suis pas bon marcheur et causeur mais la rencontre nourrit
Thomas : je ne pensais pas faire autant de km en si peu de jours, rencontre et culture
Nanou : rencontres simples et fluides
Gabrielle : je me sentais trop âgée pour marcher  mais j’en ai fait plus que prévu, et j’ai pensé à Thomas
Deborah : échanges pendant la marche , le temps passe plus vite en marchant
Hamed : liberté, égalité , fraternité et humilité...j’ai appris énormément en marchant
Lucie : dépassement de Thomas ; rencontres : intellectuelles mais fluides
noté par Roger

Impressions de marcheurs C-C Occitanie
Je suis revenu comblé de cette semaine à Toulouse, un pays que je découvrais, des paysages somptueux, la chaleur supportée, mais surtout des rencontres multiples et des paroles qui vous vont droit au cœur. Les rencontres: d’abord l’accueil chaleureux à Toulouse, merci à Michel, Christiane, Edith… Merci à toi Roger, à Dominique, et à tous les autres qui ont assuré le « soutien". Innombrables conversations sur le chemin, avec confidences,  échanges de soucis, « confessions » réciproques, débouchant sur l’apaisement et le retour du désir vivre... mais aussi émotions très fortes, devant la beauté du monde et  la richesse cachée dans le cœur de toutes et tous. Rencontres de personnes lumineuses, indissociables du lieu plus ou moins sacré qu’elles animent : l’imam de la mosquée de Montauban,son humilité, la symbolique du verre d’eau, la douce prière. Le rabbin de la synagogue et sa parole que je n’oublierai jamais : « quand on dit à un enfant : tu es intelligent, ou à un adulte : tu as de la valeur pour moi, la vie de l’autre est définitivement changée ». Je rumine cette pensée depuis mon retour, en pensant certes à tout ce que j’ai manqué dans ma vie (sans fausse culpabilité), mais surtout l’espoir puissant qu’elle produit. Si nous l’appliquons tous et toutes, le monde ira mieux. La personne charismatique responsable du Centre bouddhique, son accueil si simple, son sourire. Le moine-lama breton assis, durant cette inoubliable soirée sur la prairie, son visage souffrant et la douceur de la parole, détruisant en moi tous les préjugés contre le bouddhisme (que je connais très mal) : notre ennemi à tous, jamais vaincu totalement, c’est notre moi.Le combattre est la condition de l’amour.L’unité entre les religions, pas seulement monothéistes, se situe à ce niveau. Entendre parler ainsi de l’Amour universel, par quelqu’un qui médite et combat dans la difficulté, en intégrant, sans faire référence précise au Christ de l’Evangile, les mystiques de toute origine, sa manière patiente de répondre  aux nombreuses questions qui ont fusé tard dans la nuit, m'a bouleversé. Le pasteur barbu de Puylaurens, si authentique et convaincant, nos applaudissements une seconde interrompus lorsqu’il a parlé de son mariage. Les moines d’En Calcat, la simplicité chaleureuse de leur accueil. Les larmes de Gabrielle Nanchen qui ont ponctué son si remarquable récit de vie. Et j’en passe, en oubliant sans le vouloir beaucoup d’autres personnes. Ce que je n’oublie pas, par contre, c’est l’immense présence des scouts. Comme une transfusion sanguine, l’esprit conquérant de leur jeunesse a fait en quelque sorte renaître la vie de notre mouvement (qui n’était pas mort !, mais qui, comme tous les mouvements risquait de s’assoupir) Leur disponibilité, leur joie, leurs cérémonies, leur capacité d’animer l’ensemble, l’autorité bienveillante de leurs chef et cheftaine, l’effacement dès le premier jour de leur différence religieuse. Qui aurait pu prévoir cela ? J’ai pleuré en  entendant  le chant de la promesse, le même que j’ai chanté il y a plus de 60 ans.
                 Jacques Petite

Le petit homme en rouge, drapé dans son habit de moine tibétain, est assis en tailleur devant trois rangées de marcheurs et visiteurs du centre bouddhiste de Vajra Yogini situé à Marsen près de Lavaur. Les rangées forment un grand quadrilatère, qui laisse augurer d’une imposante cérémonie. Tous sont assis sur des tapis et des coussins installés sur une vaste prairie et attendent en bavardant. Une certaine douceur règne en cette fin de journée, bien réconfortante après ce temps éprouvant de canicule. Le petit homme se prénomme « Charles », c’est le moine le plus écouté du centre, m’a-t-on dit. « Nous sommes chacun, chacune, une petite goutte d’eau qui veut rejoindre le vaste Océan  pour y goûter une quiétude sans fin ». Le ton est donné, nous allons entrer dans les arcanes d’un monde intérieur, celui qui habite chacun d’entre nous, au plus profond. L’infiniment proche va rejoindre l’infiniment loin. Le petit homme parle lentement, d’une voix profonde, il courbe de temps à autre son corps vers le sol, comme s’il voulait s’incliner devant plus grand que lui. « Oh, ne vous trompez pas, moi qui vous parle de sagesse, je n’ai pas encore rejoint l’infini de l’Océan, tant s’en faut ». Comme tous les personnes attentivement présentes, j’écoute le petit homme en rouge et me laisse progressivement gagné par son discours, qui nous invite à la pleine modestie. Une sorte de marche intérieure, à pas d’ange, pour ouvrir nos coeurs à cet espace secret où l’égo, qui façonne nos illusoires personnalités, fait place au rien de l’ultime sagesse. Nous, marcheurs et marcheuses de Compostelle-Cordoue, qui avions déjà rencontré tout au long de notre petit périple en terre occitane, plusieurs sages de l’islam, du monde judaïque, d’une communauté protestante (et qui allions demain côtoyer les moines bénédictins d’En Calcat), nous étions cette fois-ci en présence d’un témoin exceptionnel de cet « abandon » que tous nous cherchons désespérément pour moins souffrir. Mais j’avais, quant à moi, quelques chose dans mon cœur qui précisément me faisait souffrir. Chaque matin de notre marche, je recevais sur mon portable des nouvelles dramatiques d’un très cher ami syrien, réfugié à Genève depuis cinq ans. Il m’annonçait les bombardements de l’armée de Bachar el Assad et de ses alliés russes sur la région d’Idlib dans le nord de la Syrie, dernier refuge des centaine de milliers de syriens fuyant les bombardements commencés au sud depuis la révolution. Un grande partie de sa famille habite les villages de cette région et il voyait chaque jours se détruire ce qu’il avait contribué à édifier lorsqu’il vivait à Idleb avec les siens. Nous sommes un petit groupe d’amis à Genève à le soutenir depuis déjà plusieurs années. Mais une infinie tristesse m’accompagnait quotidiennement depuis l’annonce de ces bombardements, que je n’arrivais pas, ce soir là, à l’écoute du petit homme en rouge, à concilier avec son propos édifiant. Je pris mon courage à deux mains et tentais de lui faire part de ce que je vivais comme un déchirement. Long silence, « Charles » semble ramasser en lui toutes ces myriade de gouttes d’eau qui forment son humble sagesse. « Alain, le fait que tu correspondes quotidiennement avec ton ami syrien via ton téléphone, c’est très important … c’est très important », répéta-t-il. « Car, grâce à toi et tes amis, il n’est pas tout seul pour porter ce qui l’accable et qui constitue une véritable tragédie. Tu dois considérer cela et ne pas te laisser envahir par une forme de désespoir». Son propos si inattendu me toucha immédiatement et je ne pus retenir mes larmes. « Et puis, tu sais Alain, rien, mais rien, ne doit t’empêcher, le matin à ton réveil, de porter un sourire bienveillant vers celles et ceux qui t’entourent dans cette marche. Ton sourire sera cette goutte d’eau qui va ravir tes proches et quelques part, au loin, ravir aussi tous ces syriens victimes tragiques de la barbarie de quelques-uns. Car tu sais, contre ces bombardement, nous ne pouvons rien faire. Mais ravir nos proches et nos amis au loin, connus ou inconnus, nous pouvons toujours le faire et nous devons le faire « . A nouveau un silence. « Est-ce que j’ai bien répondu, Alain, à ta question ?». Mon coeur s’est dilaté quelques minutes …. pour rejoindre l’Océan . « Charles » répondit ainsi à plusieurs autres questions posées par l’une ou l’un des nôtres, avec cette même humilité consentie, qui va chercher son interlocuteur au plus profond de lui-même. Un moment béni de notre extraordinaire marche en pays occitan.  
                  Alain Simonin

De retour de la marche, la générosité sous toutes ses formes m’a émerveillée dans la préparation et le déroulement de cette marche.Je ne le énumérerai pas, j’en oublierai certainement ; chacun a ressenti….. Je surlignerai la présence ( pourtant absente de la marche à pied) de Dominique qui a roulé …pour que tout marche  comme sur des « roulettes » ! Un bus coopératif, un  chauffeur Dominique ami et coopératif ! Que de chances nous avons eu !!
Ce bus que je voyais souriant, a trimbalé les tentes des scouts et les gamelles/ vaisselles de tous, nos valises..l’ intendance du midi pour tous. Deux complices Dominique et Roger …..à qui ce bus obéissait avec joie  pour nous. …...de vrais Toulousains ( je suis chauvine...je me soigne mais ne suis pas guérie!). Merci à Dominique sans qui cette marche aurait été bien différente sous le soleil également très généreux.                                                                       Nanou Lebrun

Très grande richesse de cette expérience, des portes d’accès ouvertes sur des trésors spirituels fascinants, maintes rencontres individuelles en sincérité, une osmose mystérieuse entre les confessions, entre les générations, la beauté de la nature, l’effort individuel dans la chaleur, la solidarité naturelle.
Une très belle expérience, esquisse incomplète et modeste, mais réalisée, de ce que pourrait être une communion du genre humain dans sa diversité…La participation des scouts, l’honneur confiant qu’ils nous ont fait en nous accueillant autour de leur promesse, leur amitié naturelle entre Musulmans et Chrétiens, étaient un vrai bonheur.
Une sorte de tour de force, où en un temps limité, nous avons pénétré cinq confessions (sans parler de leurs nuances), croisé deux générations, parcouru un chemin déterminé sans oublier de manger, de boire de nous doucher et de dormir !
M’hamed Benarroum, Jean-René Brunetière, Leïla Hamidou, Morice de Lamarzelle, Rania Talbi, Rafiaa Talbi Jean Luc Devillers

Pour cette marche , j’étais en situation d’organisateur et mes principales émotions fortes sont liées à cette responsabilité
-Dans la préparation , il y a eu des moments d’enthousiasme : quand Stéphane, Alexandre puis Lucie ont donné leur accord de participation au nom des scouts (comment c’est possible qu’ils y ont cru ?), quand nous avons choisi avec Stéphane, les étapes « spirituelles » et l’itinéraire général, quand nous avons obtenu les accords rapides de Frère Daniel (monastère d’En Calcat), François Lecointre (centre Bouddhiste de Lavaur) de Philippe , Paulette et Nicolas à Puylaurens…
Mais aussi des périodes d’angoisse : quand on n’était plus certains de la présence des scouts musulmans compte tenu des dates, quand on n’arrivait pas à établir le contact avec la mosquée et la synagogue de Montauban, quand on avait du mal à trouver les bons itinéraires de marche, quand on s’est aperçus qu’on avait trop de lits doubles et pas assez de lits simples, quand on a appris que le bus avait été refusé au contrôle technique, quand on a su qu’il ferait 38 degrés  à l’ombre tous les après-midi… On a réussi, grâce à la persévérance de chacun, à surmonter tous ces obstacles…
Dans la réalisation, au jour le jour se sont succédées des émotions fortes :
-Le 22 au matin quand le bus-en état de marche !- s’est rempli progressivement des seniors, puis des scouts musulmans à la station de métro de Ramonville (et oui, ils y étaient !), puis des scouts de France à la gare SNCF de Montauban (avec tout leur bardât, et leur guitare , et leurs chants) ; quand on a aperçu que la mosquée de Montauban était bien ouverte ainsi que la synagogue, bien que la porte extérieure fut poussée (ouf !)
-notre premier moment de « cagnard » au départ de la marche à Villemoutier, providentiellement abrités et arrosés sous le beau lavoir du XIXè ; premier pique-nique les pieds dans l’eau et déjà les chants fusent
-l’émotion devant l’accueil des scouts musulmans qui nous accueillent avec chants et instruments de musique à Villemur (ça m’a rappelé les marches avec Sophia au Maroc !) Puis la promesse de 2 scouts devant tout le groupe, de nombreux anciens (dont moi) refaisant le salut scout !
-Le premier cercle de départ à côté de l’auberge du Flambadou avec la distribution des rubans de couleur qui se nouent entre eux ; notre hôtelière qui nous dit : « Est-ce-que je peux partir avec vous ? »
- l’installation sous le vénérable cèdre des jardins de la cathédrale de Lavaur où nous attendent déjà des moines bouddhistes et mes amis chanteurs ; la banderole Compostelle-Cordoue se déplie et le premier chœur démarre (« Laudate omnes gentes ! ») suivis par d’autres dans la cathédrale.
- le soir, le cadre magnifique du partage avec le lama Charles dans le parc du centre Vajra Yogini ; que d’humanité ! Sagesse universelle confirmée par le dikhr de nos amis soufis, et prolongée au petit matin par une méditation demandée par les scouts ! Qui a pensé que cela ne les intéresserait pas ?
- la fête improvisée sous le cèdre (encore un !) du château Magrin après une rude matinée de marche qui n’a pas empêché certains de danser : comment la fatigue a-t-elle été dissipée ?
-Mais aussi des moments de tension : l’échange à la synagogue sur les rites alimentaires, l’erreur du chorizo dans la paella au poisson à Puylaurens (quel c.. ce traiteur !) qui m’a traumatisé, le mariage homo assumé par notre hôte protestant, les remarques de certains musulmans qui ne comprennent pas que des moines s’inclinent devant des statues…Mais n’est-on pas là devant un nécessaire travail de clarification ? Quelle est la place des rites dans nos religions ? Ne doivent-ils pas être réinterprétés selon les périodes et les cultures ? Où se situe le « fond » de la croyance et de la spiritualité ? La « vérité » n’est-elle pas partagée ?
-Enfin le cercle final : ne serons-nous pas tous fatigués par les marches, les palabres , la canicule ? Et bien non ! le scénario bien expliqué par Alain fonctionne mieux que jamais et les premiers à y participer sont nos jeunes scouts ! Qui n’a pas été ému quand le grand Thomas, qu’on avait vu peiner en queue de marche les jours précédents, est venu déclarer qu’il avait été très heureux de dépasser ses limites !
Merci à tous et à toutes, je dirai comme Thomas : ça n’a  pas été toujours facile pour moi, mais j’ai vécu avec vous d’intenses moments et sans doute même qu’entre nous, le Souffle de la Vie nous rafraîchissait !
Michel Rouffet
Les jeunes ont été ravis de cette expérience de marche avec vous. Tous nous ont dit que du bien. Ils ont apprécié les moments d'échange avec les membres de Compostelle Cordoue et les SMF.  Les journées ont bien été aménagées en fonction de la météo. Le rythme de la journée était bon ( pas trop court et pas trop long). Les jeunes ont pu se dépasser et cela est très positif.  Les jeunes et Compostelle Cordoue se sont de manière fluide mélanger pendant les marches. Peut-être aurions nous dû mélanger aussi les temps de repas ? Cela aurait pu permettre des temps d'échange avec des personnes qui n'ont pas le même rythme de marche que soi. Les jeunes ont beaucoup apprécié la rencontre avec le moine Charles et avec Nicolas, le représentant des protestants. De manière général, les jeunes ont bien apprécié de se dépasser que ce soit dans la marche mais également dans la rencontre avec la découverte de l'autre ( les membres des différentes communautés religieuses,  les membres de Compostelle-Cordoue, les SMF). Un gros bilan positif de cette marche avec vous.
Lucie pour les SGDF

Une impression marquante de cette marche inte-rconvictionnelle et inter-générationnelle que nous avons vécue avec l’association Compostelle-Cordoue cet été c’est celle d’un véritable respect bienveillant. Non pas un respect d’étiquette, de convenances, mais un véritable respect de l’autre dans sa différence, que l’on accueille et écoute tel qu’il est et avec lequel une compréhension est possible parce que les mots, comme les silences, sont vrais. La soirée que nous avons vécue en extérieur au monastère bouddhiste a été une belle illustration du dialogue possible qui peut s’instaurer entre des personnes très différentes quand chacun, à son niveau, est attentif et bienveillant envers l’autre. Plus que le contenu des échanges, ce qui était frappant c’était le soin apporté profondément à chacun. Tous ceux qui le voulaient pouvaient participer à cette soirée, sans conditions particulières. Le moine bouddhiste qui intervenait parlait avec simplicité de ce qu’il vivait en tant que moine et dans l’échange qui a suivi avec les jeunes ou seniors qui posaient des questions il n’éludait aucun sujet, même quand ce qui s’exprimait lui semblait en décalage par rapport à ce qu’il vit, il essayait à chaque instant de trouver les mots justes pour répondre de façon à faire grandir la compréhension de son interlocuteur. Nous étions très loin des conférences où des orateurs viennent briller face au public, nous avons reçu là cependant un message lumineux : le respect et la bienveillance sont à la base du développement de chacun. La nuit venue les participants ont eu du mal à se séparer… bon signe pour leur chemin de vie à venir…
Sylvie Vincienne

Tout d'abord, je tiens à remercier personnellement Michel Rouffet pour avoir eu cette excellente idée d'inviter des scouts à un projet Compostelle-Cordoue et pour m'avoir en toute confiance associer à la construction de celui-ci. Malgré dix derniers mois d'activité professionnelle et d'engagements associatifs achevés fin juin sur les rotules, épuisé, comme anesthésié, j'ai vécu un moment qui m'a paradoxalement "Réveillé".
Réveillé à des sensations que j'avais presque oublié: Celles du terrain, en responsabilité, avec des jeunes, sur plusieurs jours..... Comme au temps lointain où jeune chef je partageais avec nos voyageurs, éclaireurs, pionniers et compagnons l'expérience bénie des camps scouts. Les responsabilités prises au fil des ans au sein des Scouts Musulmans de France m'avaient permis de créer du partenariat, de monter des évènements comme les tentes d'Abraham, d'agir à faire connaître ce mouvement auquel je crois tant et qui me semble si utile au développement citoyen d'une jeunesse musulmane trop souvent montré du doigt. Mais cela m'avait aussi éloigné du terrain où se vit la vraie relation humaine, les échanges et la transmission. Dans ma fatigue doublé d'une certaine forme de lassitude j'ai bel et bien été réveillé et cela malgré ma difficulté à surmonter les grosses chaleurs qui ont accompagné notre marche.
J'ai été réveillé par cette jeunesse des scouts musulmans de France que j'ai trouvé bien plus mature que ce que la pensée du monde des adultes renvoie majoritairement. J'ai été réveillé par cette rencontre immédiate, forte, profonde et si naturelle entre des jeunes SGDF et des jeunes SMF, au point que très rapidement il n'y avait plus qu'un seul groupe de scouts, des jeunes aux mêmes aspirations, aux mêmes réves, aux même indignations, aux mêmes joies, à la même tristesse de la séparation......
J'ai été réveillé par cette histoire de Compostelle-Cordoue, si riche d'aventures, de rencontres et d'engagements.
J'ai été réveillé par ces belles âmes qui ont créé Compostelle-Cordoue et qui savent si bien en parler et le faire vivre.
J'ai été réveillé par la disparité des personnes qui composent ce mouvement, faisant de celui-ci le microcosme de notre monde disparate tout en apportant la preuve qu'on peut faire société tous ensemble avec une pincée de fraternité, une bonne dose de volonté et la conscience nécessaire de la complémentarité dans la diversité. Ce qu'on appelle chez les SMF, se rassembler sans se ressembler.
J'ai été réveillé par tout ce que j'ai pu picorer chez chacun d'entre vous: la bienveillance, des discutions passionnantes, la vraie gentillesse qui n'est pas de la faiblesse, des personnes qui se livrent, des moments d'attention et d'aide, des moments de chants, des regards, des sourires, des beaux silences partagés.....
J'ai été réveillé par nos étapes, comme des oasis dans la traversée d'un désert. Par ces accueils chaleureux fussent ils religieux, spirituels ou festifs, par ces promesses scoutes faites ou reçues, par les échanges des foulards des jeunes à l'heure de la séparation, par des moines aux couleurs de robes différentes qui se témoignent fraternité, par des scouts qui prolongent l'"au-revoir" le lendemain sur un quai de gare, par des mains qui se serrent et par des embrassades dont on ne sait si elles sont pour se remercier, se saluer à l'heure de se quitter où pour se donner la force de continuer le chemin chacun de notre côté. Peut-être est ce tout cela à la fois? J'aime à le penser.
Dans 3 mois je quitte mes fonctions au sein des scouts musulmans de France pour consacrer du temps à ma famille. Je fais une pause dans mes engagements associatifs mais cette pause n'est pas une mise en sommeil, car grâce à vous......... je suis réveillé. Bien fraternellement.
Stéphane Garros

Ce voyage à Toulouse a été une réussite ; puisque tous s'en sont fait l'écho y compris le comité de Compostelle cordoue dans son compte rendu positif du comité du 3 septembre 2019. Ce compte rendu est aussi un moyen de conciliation puisqu'il aborde les quelques tensions ressenties lors de la soirée du 23 au soir au Centre bouddhiste à Marsac et donne des orientations sur la manière d'éviter ce genre d'incident. J'avais en effet été très frustrée ce soir là, mais j'avais déjà pu m'en expliquer. Je me suis donc sentie écoutée, ce que justement le comité préconise puisqu'il dit "qu'il est important que chacun puisse s'exprimer et rester ouvert à l'imprévu". Trouver sa place mais aussi en laisser pour l'autre différent de soi afin de découvrir les points communs qui nous rassemblent, c'est, à mon avis la voie à suivre si l'on s'engage dans les relations interreligieuses. Je me réjouissais aussi de vivre la rencontre intergénérationnelle offerte par ce voyage avec la présence de groupes des Scouts de France. Pour moi ce fut une découverte. Ce sont eux qui nous ont proposé des jeux pour mieux nous intégrer et franchir le pas de l'écoute et du partage. Ils ont su avec discrétion mais aussi avec humour et leur joie de vivre nous parler d'eux, de leurs difficultés et de leur espérance. Moi même ayant été Scout dans ma jeunesse, j'ai été très émue d'assister à leur cérémonie de la promesse. C'était presque comme si je renouvelais la promesse que j'avais faite autrefois. A l'heure où les jeunes nous déroutent si souvent, où, toutes générations confondues, la tendance est à l'individualisme et au refus de s'engager, j'ai été confortée par cette force de vivre que j'ai senti chez ces jeunes Scouts. J'aimerais aussi souligner que ces Scouts ont été admirables face à cette vague de chaleur qui n'a pas facilité les marches prévues. La douche c'était le soir et souvent tard (l'obligation de monter les tentes passait avant le confort personnel). J'aurais tellement voulu pour compenser la suppression des marches l'après-midi à cause de la chaleur que ces Scouts puissent aller se baigner car les plages au bord du Tarn paraissaient très accueillantes. Hélas les règlements sont stricts. Du moment que les baignades n'avaient pas été prévues au programme avec l'encadrement adéquat (présences d'un maître nageur diplômé) il était impossible de les laisser se baigner sans surveillance. Moi je sais qu'à leur place j'aurais « rouspété » à maintes reprises..… Encore une fois J'ai pu me rendre compte combien marcher procure un bien-être autant physique que psychique. Oui, si marcher permet l'échange entre marcheurs au gré des rencontres et du rythme de chacun, marcher c'est aussi choisir parfois de cheminer seule et d'apprécier le paysage, l'absence de bruits quotidiens et découvrir les bruits de la campagne. C'est, à mon avis grâce à ces moments de ressourcement personnel, que l'on peut alors aborder l'autre et dialoguer. Cette marche m'a donc permis d'apprécier la beauté de la région que nous avons traversée qui reflète bien le soin que ses habitants mettent à l'entretenir, comme en témoignent les chemins de randonnées bien balisés et judicieusement choisis que nous avons suivis. Ma conclusion sera un renouvellement de mes remerciements aux organisateurs de ce voyage et à ceux qui nous ont reçus si chaleureusement.
Mireille Aubert

Comme nous nous réjouissons d’avoir pu participer à cette marche de Compostelle-Cordoue au plus fort de l’été ! C’est sans doute l’impression partagée de tous les marcheurs. Nous avons vécu ces 4 jours comme une bienfaisante parenthèse dans des vies remplies et parfois chahutées. Changement de lieux, changement de rythmes, mise à disposition et à l’écoute, temps de travail et de réflexion, magie du chemin qui se déroule, des paysages qui se succèdent, des compagnons avec qui l’on échange.
A souligner la conscience de jouir d’une grande liberté, résultat d’une minutieuse préparation qui nous épargne les soucis et les tâches liées à l’organisation, au gite et au couvert, à l’itinéraire, etc.  Malgré le poids indiscutable de la contrainte climatique lourde et inattendue, il est surprenant de constater à quel point cette circonstance subie a été acceptée, voire intégrée au programme qui a su s’ajuster quand il le fallait. J’y ai vu un révélateur, non seulement de la qualité de l’organisation, mais aussi de la qualité du public des marcheurs comme de tous ceux qui nous ont accueillis sur le chemin. Souvent, à la sortie d’un spectacle ou d’une manifestation, chacun rentre chez soi riche de ses propres impressions, mais pauvre de l’ignorance de ce qu’ont ressenti les autres. Ce fut le contraire. Ainsi avons-nous vécu 2 moments magiques lors de la synthèse finale : l’un avec Gabrielle qui nous a invités à feuilleter par la pensée l’album-photo souvenir des 10 ans de l’association, l’autre avec Alain qui nous a appelés à l’étonnante passation de témoin des impressions vécues par chacun, une belle occasion de partager les émotions, découvertes ou avancées personnelles dont un grand nombre d’entre nous ont bien voulu faire état. Une illustration de la richesse de nos diversités : les écharpes colorées de chaque personne, une fois nouées ensemble, matérialisaient le cercle de nos appartenances communes. Signe de l’authenticité des contacts, non seulement nous avons été accueillis à bras ouverts dans les différents lieux significatifs du parcours, mais nos accueillants ont voulu nous accompagner dans notre marche, bien en amont ou en aval de leur propre lieu d’accueil. Réussite au niveau des scouts : Scouts Musulmans de France de Toulouse et Scouts et Guides de France (scouts marins) d’Ile de France. Réussite au niveau intergénérationnel. Pour la logistique, nous avions besoin d’un bus et de son chauffeur, sans lesquels nous n’aurions pas pu vivre ces 4 jours. Dans ces circonstances, tous les détails ont leur importance. Il ne s’agissait pas de l’importe quel bus et de n’importe quel chauffeur. Dominique et son véhicule faisaient partie intégrante du groupe, participant à tout, et il n’a pas voulu se faire rémunérer. Découverte que, si nous sommes les fragments d’un édifice, chacun avec ses valeurs, ses vertus, etc. l’ensemble ne tient débout que par le ciment qui nous unit les uns les autres.

Texte partagé avec tous au moment du départ de dernier jour :
Je ne sais pas où je vais, prière de Thomas Merton
1    Seigneur, mon Dieu, je ne sais pas où je vais, je ne vois pas la route devant moi,
Je ne peux pas prévoir avec certitude où elle aboutira.
2    Je ne me connais pas vraiment moi-même, et, si je crois suivre ta volonté,
Cela ne veut pas dire qu’en fait je m’y conforme.
3    Je crois cependant que mon désir de te plaire, te plait.
J’espère avoir ce désir au cœur en tout ce que je fais,
Et ne jamais rien faire à l’avenir sans ce désir.
4    Je sais que tu me conduiras sur la bonne route, même si je ne la connais pas.
Je te ferai donc toujours confiance, même quand j’aurai l’impression d’être perdu et que je marche à l’ombre de la mort.
5    Je n’aurai aucune crainte car tu es toujours avec moi
Et jamais tu ne me laisseras seul dans le péril.
  La ténèbre n’est point ténèbre devant toi, la nuit comme le jour est lumière … (Taizé)
Patrick Vincienne

Cet été 2019, notre Association Compostelle-Cordoue a cheminé en Occitanie, et lors de notre halte au château-musée de Magrin, j’ai perçu intuitivement une analogie subtile entre nos chemins de vie personnels et cette production de colorant qui nécessite temps et savoir-faire, pour extraire des feuilles de cette plante à la lumineuse floraison jaune, ce fameux colorant de valeur,  le pastel. Vous souvenez-vous de ce qui nous fut conté : l’histoire des longues  et  astreignantes transformations pour que les feuilles de cette plante crucifère, Isatis tinctoria,  après séchage broyage, pétrissage et mise en coques faciles à transporter, libèrent cette belle couleur pastel aux nuances somptueuses prisées  par les tisserands et teinturiers, et qui fit la fortune des maîtres pastelliers de jadis et qui fit de notre Occitanie, un pays de cocagne, vous en souvenez-vous ? Pour chacun d’entre-nous aussi, l’histoire est longue, tout un chemin de vie est nécessaire pour révéler notre Lumière ! Oui, nous devons œuvrer laborieusement sur nous-mêmes et la main dans la main avec nos frères en humanité et dans le respect de tous les règnes, afin de faire éclore le meilleur de soi et le meilleur de tout un chacun, en écoutant, en observant avec attention, en dialoguant, en partageant fraternellement, en respectant la dignité de chacun et sa singularité, et ce pour construire dans l’Amour de cette Vie gracieusement offerte, un monde de Paix et de Joie. Oui, notre vie n’est que transformations successives pour sublimer notre être et  libérer de nos coques, notre belle couleur pastel, notre Beauté intérieure ! Merci à mes compagnons de route qui cet été au pays de l’or bleu m’ont offert de partager ce chemin plein de sens, à la rencontre de ceux qui perpétuent leurs trésors, à la mosquée de Montauban, à la synagogue de cette même ville, au centre bouddhiste de Vajra Yogini près de Lavaur, au temple protestant de Puylaurens et à l’abbaye bénédictine d’En Calcat. Merci pour ce bain de jouvence offert par les scouts, merci pour leur enthousiasme.
Belle route à nos jeunes ! Qu’ils creusent leur sillon intérieur et le sillon du monde à venir que nous souhaitons plus Fraternel, plus Juste, plus Beau !
                                                             Jacqueline Sert

http://Compostelle-Cordoue.org/
Les échos de la marche 2019 à lire/écouter/voir sur les ondes :
https://viaoccitanie.tv/une-marche-intergenerationnelle-a-travers-le-tarn/
http://www.lavie.fr/actualite/religions/en-occitanie-l-interreligieux-en-marche-31-07-2019-99585_395.php
http://www.lavie.fr/religion/interreligieux/le-dialogue-interreligieux-est-source-de-joie-21-08-2019-99783_387.php
Ce dernier article est en accès restreint pour abonnés, la version complète étant dans le journal papier du 21 août 2019
https://www.radiopresence.com/emissions/foi/decouverte/immersion/article/immersion-55389