Voir sur le renouveau de Tibhirine un article du journal La Croix du 30 octobre 2013.

Chronique d'André Weill

Les nouvelles des trois compères Matthieu de Lamarzelle, Jean-François Duchosal et André Virazels sont bonnes. Ils continuent actuellement leur périple en Algérie. Malgré tout, et en dépit des contacts téléphones, SMS et e-mails, il est difficile de relater ici leur quotidien. Je leur laisserai le privilège, et ce sera leur défi au printemps prochain, de nous faire vivre cette incroyable expérience de marche pèlerine autour de la Méditerranée. 

Il m’est difficile de choisir parmi les évènements du voyage ceux qui participeront de l’anecdotique de ceux qui marqueront ce voyage, si exceptionnel pour chacun d’eux et pour l’Association Compostelle Cordoue.

Au risque de trop simplifier, je retiendrai ici un grand moment à mes yeux, celui de leur passage début février au monastère de Tibhirine.

De par sa nature, le passage de nos amis à Tibhirine participe de la plus haute vérité interreligieuse. « Le dialogue ne peut se faire au niveau des idées ou des grands concepts théologiques. C’est dans le travail, la vie quotidienne que se joue vraiment le dialogue » 1. Tibhirine relève de la plus pure expression spirituelle car c’est  « un langage universel » qui « ignore les frontières des religions »2.

On rapporte de mon très célèbre homonyme André Weil cette belle sagesse : « Quand j'étais jeune, j'espérais démontrer l'hypothèse de Riemann. Quand je suis devenu un peu plus vieux, j'ai encore eu l'espoir de pouvoir lire et comprendre une démonstration de l'hypothèse de Riemann. Maintenant, je me contenterais bien d'apprendre qu'il en existe une démonstration. »

Matthieu, Jean-François, André, c’est exactement le cadeau que je reçois de vous aujourd’hui :  mon bonheur est désormais parfait de savoir que vous avez ouvert, en notre nom et au nom de la Paix, le chemin de Tibhirine.

Shalom, Shanti, Salam, Salut

André Weill



Jean-Marie Lassausse, Le jardinier de Tibhirine, Bayard, Paris, 2010, p. 107

2 Christian de Chergé, L’invincible espérance, Bayard Edition/Centurion, Paris, 1997, pp. 49-51